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MAGHROUH Mohamed Ben Brahim; lieutenant au 83ème rég. d’infanterie, tombé le 22 Août 14 à Jéhonville

MAGHROUH Mohamed Ben Brahim est né à Marengo près d’Alger le 2 Avril 1881.

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Ce fut du côté de Bertrix, au nord des confins de la Belgique et de la France, que le 83ème Régiment d’Infanterie prit pour la première fois le contact de l’ennemi.

La région est très accidentée, boisée et coupée par une entaille profonde où, entre deux rives hautes et tombant à pic, la Semois coule sur un lit étroit.

Le 21 août, le régiment, venu par étapes de la vallée de la Tourbe, s’était établi en position d’attente dans la forêt de Pures.

Pendant la journée du 22 Août 1914, comme il poursuivait sa marche dans la direction d’Herbeumont, le régiment reçut, vers seize heures, l’ordre d’attaquer les Allemands qui, du côté de Jéhonville et de Launoy, occupaient à la lisière d’un bois avec des tranchées protégées par des fils de fer et dominant une clairière marécageuse, large d’au moins 800 mètres. Profitant des couverts au dessus desquels les  canons de 77 ennemis fusent déjà en grand nombre, le Régiment se déploie en tirailleurs et se tient prêt à donner l’assaut. Au signal convenu, il s’élance au pas de charge tandis que le soldat BRÉCHET de la 2ème Compagnie, entonne l’une après l’autre la Marseillaise et la Toulousaine.

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Mais les mitrailleuses ennemies, se dévoilant soudain, ouvrent le feu et couchent nos lignes à mesure qu’elles émergent hors des taillis et se dressent sur la clairière nue. Au premier rang, atteint par la première balle, tombe le Commandant BENET, militaire de grand savoir, énergique, connu déjà par ses brillantes campagnes dans les Colonies, haut de taille et qui, sabre au clair, entraîne ses hommes. Touché à son tour, le Sous-Lieutenant SÉNUT, âme sensible et tendre, meurt avec une douce résignation, en disant à ceux qui accourent pour lui porter secours : « Écrivez à ma mère que ma dernière pensée a été pour elle ».

Le Lieutenant LAGARDE, de la 7me Compagnie, défend qu’on le relève avant les soldats couchés auprès de lui. Le Capitaine TEYSSIER, commandant la 1re Compagnie, se tient stoïquement debout, à la lisière d’un bois, malgré le feu le plus intense. A plusieurs reprises, il entraîne ses hommes à l’assaut et les ramène, moins nombreux chaque fois, mais indomptables. Sa belle attitude les enthousiasme. Bientôt un projectile le frappe et il tombe à son tour pour ne plus se relever. L’Adjudant DANDINE a la mâchoire traversée par une balle. Il reste néanmoins à la tête de sa section et puise dans son ardent amour de la France le courage de s’élancer, malgré sa blessure, jusqu’aux fils de fer ennemis, et de les cisailler lui-même, sous une grêle de balles, pour ouvrir un passage à ses hommes.

L’adjudant BEZAC tombe mortellement frappé par une balle au moment où il entraine sa section à l’assaut. L’Adjudant FAURÉ, atteint de deux blessures sérieuses, refuse de se laisser évacuer et reste à son poste. Le soldat FONTANNEAU se distingue par sa folle bravoure qui provoque chez ses camarades une joyeuse émulation. Les pertes sont lourdes, le Régiment se fond. Cependant, par cinq fois, il tente d’aborder les tranchées allemandes, méprisant le feu intense de l’ennemi sans cesse croissant en nombre, désireux avant tout d’arriver à ce corps à corps, à cette lutte à l’arme blanche qui seule entre combattants loyaux décide de la Victoire. Et sa crânerie, sa volonté l’emportant sur les pires difficultés l’approchent un moment du succès. Le soldat CAU est blessé ; néanmoins il se précipite résolument sur une tranchée ennemie qui n’avait pu être abordée ; il plante sa baïonnette dans la poitrine de deux Prussiens avant de mourir lui-même environné d’ennemis. Mais le soir vient ; de rouges lueurs brûlent par place l’horizon, et la résistance se fait plus opiniâtre, plus meurtrière. Les trois bataillons, réduits et affaiblis par les assauts furieux qu’ils ont donné, ont ordre de se replier. Le peu qui reste au Régiment est ramené à l’arrière pendant la nuit.

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La journée du 22 août 1914 l’a décimé, elle n’a pas brisé son énergie. Tel qu’il est, en effet, et jusqu’au 5 septembre, le 83me, sans prendre aucun repos, franchissant des rivières, traversant des forêts, bivouaquant le soir n’importe où, souvent repartant sans avoir mangé, sans avoir dormi, retarda la ruée des Allemands sur la France. Il marchera presque toujours à l’arrière-garde de l’Armée. S’accrochant au terrain, défendant le sol pied à pied et infligeant à l’occasion de rudes corrections à l’ennemi.

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