Poème de Maurice Vernet, de Montauban, membre de la 11ème ri

Poème de Maurice Vernet, natif de Montauban (France) et membre de la 11ème division RI, qui raconte la bataille de Luchy (Belgique) d’août 1914.
Ce poème constitue un souvenir de bataille, un témoignage authentique et sincère de l’horreur de la guerre.

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Le régiment s’est mis en route dès l’aurore Aucun de nos soldats n’a vu le feu encore
Aussi plaisantant – ils vont riant tout en marchant Pourtant les chefs ont dit « L’objectif est
OCHAMPS ! » Et si nous rencontrons l’ennemi en route
Il nous faut l’attaquer de flanc, coûte que coûte
Et nos joyeux piou-piou, quand ils ont su ces mots
Ont sentit leur lourd sac s’alléger sur le dos
Car ils brûlent d’envie au coeur de la bataille De lancer des brocards aux éclats de mitraille
Le canon sourdement tonne dans le lointain Nos petits fantassins n’ont depuis le matin
Pris qu’un quart de café et une croûte et dame
Depuis quelques instants leur estomac réclame, Soudain volant très haut dans le ciel nuageux
Deux oiseaux ennemis, oiseaux majestueux, Planent en tournoyant au-dessus de nos troupes.
Voilà la faim calmée et l’heure de la soupe Aussitôt oubliée. On s’attarde aux avions
Bientôt pour voir plus nettement nos positions
L’un aborde imprudemment une zone trop basse Immédiatement partent de tous cotés,
De nombreux coup de feu de soldats arrêtés Et bientôt tout à coup on peut voir le vaste
aéroplane Atteint dans son moteur, victime d’une panne
Faire de grands efforts en vain pour tenir l’air
Et aller se poser en quelques endroits déserts Mais d’une balle au front est tué le pilote
Et l’appareil oscille, atterrit et capote…
Nous reprenons la marche et trouvons un village, C’est BERTRIX dont les gens sont sur notre
passage Nous donnant en riant et nous encourageant-
Du pain, du café chaud, du tabac – sans argent –
De la bière et du lait, des tartines de beurre Et de petits drapeaux que nos soldats sur
l’heure arborent avec joie au bout de leur fusil
Faisant flotter ainsi en guise de merci Le rouge, jaune et noir de la noble Belgique
A côté des couleurs de notre République – Français n’oublions pas ce chaleureux accueil
Et si Dieu nous permet de châtier l’orgueil De cet empereur qui n’est qu’un bien
triste homme Et ne vaut même pas qu’en des vers on le
nomme Nous pourrons chez nous, expliquer à nos
enfants Que si nous avons pu revenir chez nous triomphants
C’est grâce à la vertu, au courage héroïque Des amis que la France a trouvés en Belgique
Midi. Cependant, les hommes ne pensent pas Qu’il est grand temps de prendre leur
repas. Ils sont réconfortés par cette aimable
fête Que la population en passant leur a faite.
La route de nouveau poudroie au long de champs L’ordre est enfin donné de cesser tous chants.
On s’arrête, on repart et l’on s’arrête encore,
Plus d’un prend un biscuit, qu’à la hâte il dévore
Car il se pourrait bien qu’avant la fin du jour
On trouve les Prussiens dans le bois d’alentour. Pourtant dans la forêt, le bataillon pénètre
Le vingtième de ligne est devant et peut être
On pourra passer sans encombre le bois. Mais voilà qu’on entend à trois ou quatre
endroits Quelques coups isolés, puis une fusillade
« Le bal va commencer! » me dit un camarade « Halte !, commande t’on, serrez dans le fossé »
Et notre général, sur ses étriers et blessé,
Passe au triple galop de sa monture grise
Derrière lui, est lancée au grand trot.
Au tournant d’un chemin voici presque aussitôt Les robustes canons de notre artillerie
Car ces soixante quinze, à l’air inoffensif,
Peuvent semer la mort au moment décisif. Mais on avait compté‚ sans l’ennemi qui
veille Et dont les lourds canons pointés depuis la
veille Dessus nos artilleurs ont bien vite craché.
« Ils n’ont dans leurs obus que du papier mâché »
Dit avec un sourire éclairant sa figure Un jeune lieutenant qui passe à toute allure
Cependant le canon devient rude, acharné ;
Nous pénétrons sous bois et l’assaut est donné ;
Ils sont quatre contre un. Leurs canons nous acculent ;
Mais devant notre ardeur, leurs bataillons reculent,
Les balles en passant sifflent lugubrement Et les éclats d’obus pleuvent à tout moment.
Nombreux sont les sapins dont la cime est fauché‚
Ou dont une maîtresse branche est arrachée Et nombreux aussi sont les soldats que la
mort, Sans leur laisser le temps de finir leurs efforts,
Fait soudain chanceler écrouler à terre. La gueule du canon semblable à un cratère
Crache et vomit sans cesse au-dessus des guerriers De la fonte, du fer et des plombs meurtriers.
Bientôt, avec le soir, le crépuscule arrive La lutte continue, aussi âpre, aussi vive,
Mais le nombre triomphe et nos braves soldats Sont enfin obligés de rompre le combat.
Avec la rage au cœur, ils battent en retraite Se défendant encore à coup de baïonnette
Livides, affamés, pâles, blessés, hagards Un courage farouche enflamme leurs regards
Les Prussiens à leur tour, poussent des cris sauvages
Avancent. Leurs canons font d’horribles ravages Dans nos rangs décimés. Malgré de grands
efforts Les nôtres sont noyés sous l’afflux des
renforts Que l’adversaire lance à droite par la route
Du vingtième de ligne, il ne reste plus rien Et notre bataillon qui luttait en soutien
Débordé, pris de flanc, attaqué‚ par derrière, Ne pouvant déjà plus revenir en arrière
Résiste dans le bois et combat sans espoir…
…La nuit vient, nuit sans lune, enveloppant de noir
Et des morceaux de morts et des blessés qui pleurent
Et ceux qui dans leur sang agonisent et meurent.
Maurice VERNET Luchy, le 22 août 1914

 

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