Emile LEMAIRE, secrétaire communal de HOUDEMONT, tué le 24 Août 1914

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« Rapport d’Armand Lemaire, fils d’Emile Lemaire.

A l’arrivée des Allemands, au soir du 24 août 1914, toute la famille était cachée à la cave, lorsque soudain les soldats pénétrèrent dans la maison en poussant des cris féroces. Mon père, secrétaire communal, pensant que les soldats pouvaient avoir des renseignements à demander, crut de son devoir de se présenter à eux et remonta. A sa vue, les soldats le saisissent, le frappent de coups de crosse et l’emmènent dehors.

Pour savoir où l’on conduit mon père, nous le suivons tous et les soldats s’emparent de nous et nous poussent vis-à-vis de la maison, contre la palissade du chemin de fer, en faisant mine de vouloir nous fusiller. Ils me prennent à part et me traînent jusqu’à la fontaine, où je retrouve mon père déjà tout sanglant.

Je m’élance vers lui et je l’embrasse. « Armand, me dit-il, mon pauvre Armand ! » Aussitôt, on m’arrache de ses bras et l’on nous frappe tous les deux. Je suis renversé, mais malgré tout je me relève et je me sauve pour rejoindre ma mère et mes sœurs qui ne se trouvaient pas loin. Encore une fois les soldats me reprennent et me reconduisent près de la fontaine. Je ne sais plus au juste ce qui s’est passé ensuite et comment je me suis retrouvé à la maison. J’avais la tête en feu et je souffrais des coups reçus.

Entre-temps une auto de la Croix-Rouge est venue à passer et un officier a demandé à maman le chemin d’Arlon. Les indications données, l’officier a répondu à ma mère : « C’est bien, Madame, votre maison ne sera pas brûlée », et de suite des soldats ont collé sur la porte une affiche interdisant de brûler et de tuer. Heureusement pour moi, car un soldat voulait s’emparer de moi pour la troisième fois, mais les autres lui montrèrent l’affiche et je ne fus plus inquiété. C’est vers ce moment-là que nous entendons une fusillade nourrie et instinctivement nous nous écrions tous : « Papa est tué ! »

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Ce n’était, hélas! que trop vrai. Nous avons pu le constater le lendemain matin, lorsque nous l’avons retrouvé dans un état lamentable, couché par terre avec cinq compagnons d’infortune. Mon père avait le cuir chevelu enlevé, le corps tout nu et couvert de brûlures. Je suis allé chercher un drap de lit pour le recouvrir.

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